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Interviewée par Cécile Fargue

Il y a six mois, à la parution de "Lisières" aux éditions Les Penchants du Roseau, je répondais aux questions de Cécile Fargue. Aujourd'hui, en relisant cette interview, je n'en changerais pas une virgule. Ce qui a changé depuis le mois de juin c'est que les lecteurs me sont de moins en moins étrangers : nous nous sommes un peu apprivoisés... et j'espère que cela va continuer.    

Les penchants du roseau : Qu’espériez-vous lorsque vous avez entamé la rédaction de LISIERES et pensez vous, aujourd'hui, être arrivé là où vous désiriez ?
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Marianne Desroziers : Les nouvelles qui composent lisières n'ont pas été écrites dans le but de composer un jour un recueil. Cependant, quand j'ai réuni ces six nouvelles pour en faire Lisières, j'ai voulu qu'il se dégage de l'ensemble une cohérence en terme d’atmosphère. Le mystère et l’ambiguïté sont des dénominateurs communs de ces textes, tout comme la présence des esprits. Quant au fait d'être complètement satisfaite de ce que j'écris, il me semble que c'est impossible pour tout écrivain. Si on a l'impression d'être arrivé exactement la ou on le voulait on n'écrirait plus.
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De manière générale, quel regard portez-vous sur vos propres écrits ?
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Je suis en général relativement sévère avec ma production littéraire. Ce n'est qu'une fois que le texte à été écrit, réécrit, corrigé, élagué (car réécrire c'est souvent couper ou simplifier) que je le propose à l’éditeur. Une fois mon texte publié, j'ai envie de le défendre, même s'il est fatalement imparfait.
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Partage, introspection, détente, exercice douloureux... quel est votre rapport à l'écriture ?
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L'écriture n'est ni une pure détente (ce n'est pas un simple loisir), encore moins une douleur (je ne suis pas masochiste). Disons que c'est une recherche permanente, mêlant introspection et échappées belles vers des territoires imaginaires.
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Écrire pour vous, c'est n'importe où, n'importe quand, lorsque le besoin se fait sentir ou, au contraire, une discipline stricte qui demande un certain cérémonial ?
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Écrire est aujourd'hui mon activité quotidienne principale. Sans parler de cérémonial, l'idéal est d'être chez moi, devant mon ordinateur avec mon compagnon qui peint non loin de la : cela crée une émulation propice à la création artistique.
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Le fait d'être publiée a-t'il changé votre manière d'aborder l'écriture ?
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En effet, être publiée cela change beaucoup de choses : c'est une étape supplémentaire dans mon affirmation en tant qu'écrivain. Les choses sont maintenant claires pour moi : j'écris pour être publiée. Un texte littéraire n'existe que parce qu'il est lu : c'est le lecteur qui fait le livre et le premier lecteur c'est l'éditeur. De mon point de vue, le regard de l'éditeur sur le texte est primordial et je suis très heureuse de publier mon premier livre chez Christian Domec qui respecte les textes et les auteurs qu'il choisit de publier et a une haute opinion de l'objet livre.
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Pour vous le lecteur est-il un éternel étranger ou un compagnon essentiel ?
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Comme je viens de le dire, le lecteur est celui sans qui la littérature n'existerait pas. Pour l'instant, le lecteur m'est encore un peu étranger mais j’espère en faire un compagnon de vie.
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Si on parle d'avenir, quels thèmes aimeriez-vous aborder dans vos prochains écrits ? Parallèlement, quels sujets vous sentez-vous incapable de traiter ?
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J'écris actuellement un roman sur la création artistique et notamment la peinture, thème qui sera je pense de plus en plus présent dans ma production littéraire à venir. J'écris aussi un recueil de nouvelles sur le thème de la peau. C'est peut-être prétentieux de ma part mais je ne vois pas quels sujets seraient inabordables. Il y a des thèmes qui m'intéressent plus que d'autres mais je me laisse entière liberté de traiter tous les thèmes, même les plus tabous, comme je l'ai déjà fait dans certaines nouvelles qui dynamitaient le modèle de la famille nucléaire bourgeoise ( "Familicide" et "Rose bonbon et gris anthracite").
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Pour conclure, le sempiternel et "s'il n'en restait qu'une"... Une phrase qui vous a marqué au fer rouge (de vous, d'un autre, d'hier, d'aujourd'hui...)
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Tout comme les plus belles photos sont celles que l'on n'a pas prises ( cf "La disparition de la photo"), je crois que les mots les plus marquants sont ceux que l'on n'a pas dits. D'un point de vue plus littéraire, certaines phrases me hantent, notamment celles de mes deux auteurs de prédilection, deux femmes admirables, l'eau et le feu : Virginia Woolf et Marina Tsvetaeva.Impossible de n'en citer qu'une !

Interview précédemment publiée sur la page Facebook des éditions Les Penchants du Roseau.

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