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Chronique de lecture d'"Unica ou le morcellement" par David Le Golvan

 



CHRONIQUE DE LECTURE "Unica ou le morcellement" (Sans Crispation éditions) par David Le Golvan :

Sylvia Plath puis Unica Zürn… Une chose est sûre, c’est que Marianne Desroziers aime raviver les feux follets. Plus qu’une passion, on devine l’urgence d’un devoir de mémoire. Au début du livre, l’auteure rappelle son parcours de familiarisation avec l’artiste franco-allemande qui aurait pu aboutir à un essai biographique, avec en gros le risque remettre sur le tapis l’étude d’un cas clinique, psychiatrique, tout ce qui pourrait éloigner un lecteur des effusions créatrices profondes d’Unica (et non des délires). Et sans doute pas la manière la plus subtile de rendre hommage à l’intégrité artistique de cette femme (qui souffrait par ailleurs de perdre pied à cause des traitements qu’on lui infligeait tandis que le champ de son imaginaire se déployait entièrement dans ses moments de pleine conscience) (1). Autre option envisagée, et autre écueil éventuel : passer par l’écriture romanesque, encourir le risque de tramer une biographie qui échappe à tout destin. Unica Zürn est une anagramme à elle toute seule, quel intérêt à suivre dans ce cas le flot tranquille et linéaire d’une prose trop sage ? Lucide, Marianne a fait le choix, tout aussi périlleux que judicieux, de se glisser dans une prose poétique et protéiforme par laquelle l’écriture sarabande aux extravagances de l’esprit : bestiaire fantasmatique aux yeux effarés, regard des autres sur elle-même voire son propre regard , comme le suggère la couverture d’Armelle . De là à se glisser dans la peau d’Unica, il n’y aurait donc qu’un pas à franchir ? Peut-être... Et alors ! Marianne dit "elle" en parlant d’Unica, comme le faisait Unica en parlant d’elle -même. A quelques exceptions lorsqu’elle lui donne la parole : » La folie était la meilleure carte de mon jeu. Je l’ai jouée à fond. Qui pourrait dire que j’ai perdu ? » La carte du « Je » cachée dans la manche. On peut tricher avec la folie, pas avec l’art, c’est ce que nous rappelle Marianne Desroziers dans ce mémento poétique d’une profonde sincérité.
(1) Unica ZÜRN – Une Vie, une Œuvre : 1916-1970 (France Culture, 2007) à écouter sur Youtube

Retrouvez David Le Golvan dans la rubrique auteurs sur le site des éditions Sans crispations

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