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Boîte à musique (nouvelle inédite)


Boîte à musique
 
C’était une boîte à musique de rien du tout, un objet ridiculement petit et sans intérêt particulier. Une babiole. Un bibelot.  Un jouet de petite fille. De gamine pauvre.

Et pourtant.

Et pourtant, le monde basculait quand elle l’ouvrait. Quand la belle danseuse déployait dans l’air oppressant de la maison son petit corps gracile et tournoyant. Quand elle tournait la clé et que la mécanique se mettait en route, une drôle de petite musique égrenait ses notes. C’était le signal, le signal de la liberté de rêver. Elle aurait reconnu cette musique entre mille. C’était sa boîte à musique, son seul trésor. Elle le cachait dans le tiroir fermé à clé de sa commode. Et le serrait souvent contre son cœur asthmatique de petite fille plus si petite.

Et puis vint un jour de grand vent. Un jour de dispute. Un jour de cris fusant entre ses parents. Elle prit sa boîte à musique et sauta dans son lit. La couverture remontée au-dessus de la tête, le visage enfoui dans l’oreiller, elle ouvrit sa boîte… et il se produisit quelque chose d’extraordinaire.  

Elle vit la ballerine de plus près qu’elle ne l’avait jamais vue, le rouge de ses lèvres, le bleu de ses yeux, la blancheur de sa peau, la finesse de ses jambes. Elle entendit la musique avec beaucoup plus d’acuité, elle avait de la musique plein les oreilles. Comment ces quelques notes malingres, chétives, pouvaient-elles faire autant de bruit ? Elle se demanda ce qui se passait, ce qui lui était arrivée… Elle se sentait toute bizarre, pas comme d’habitude. Pas du tout comme d’habitude.
  
La petite fille était entrée dans la boîte à musique. L’air y était doux, chaud, légèrement parfumé ─ odeurs de pain d’épices, d’orange et de cannelle ─ et chargé de promesses. Le sol était moelleux, réconfortant, ses pieds reprenaient vie à son contact ; il était fait de feutre rouge vif et elle aurait pu dormir dessus.

Clic-naq-tzwing- Clic-naq-tzwing-  Clic-naq-tzwing-  Clic-naq-tzwing-  Clic-naq-tzwing-

Elle n’y comprenait rien, elle, à la mécanique de sa boîte à musique. Mais faut-il toujours comprendre le pourquoi et le comment des belles choses offertes par la vie ? Non. Alors elle s’endormit, étendue de tout son long sur le feutre rouge vif de sa boîte à musique sous les yeux de la ballerine tournoyante.  

 

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Soirée de lancement de la revue La Piscine le 27/10/2017

Lecture de mon texte "Il faut être sauvage", publié dans le numéro 2 de la revue la Piscine sur le thème "Incidences/coïncidences". 
Photo : Claire Musiol

C'était le vendredi 27 octobre 2017 à la librairie Sauramps Odysseum à Montpellier, nous fêtions le lancement du numéro 2 de la revue La Piscine en présence de 3 des 4 maîtres-nageurs (Louise Imagine, Philippe Castelneau, Christophe Sanchez... manquait Alain Mouton) à l'origine de cette très belle revue (une des plus belles où j'ai publié), de 6 auteurs (Raymond Alcovère, Daniel Frayssinet, Claire Musiol, Nat Yot, Françoise Renaud et moi-même) et de l'artiste Olivier Chevalier. Une bien belle soirée de lectures et d'échanges autour de la littérature, de l'art et de la vie... qui me donne envie de revenir bien vite à Montpellier (et d'y rester un peu plus longtemps)!!! Merci à tous pour votre accueil chaleureux, en particulier à Nathalie et ses deux chats.
Pour en savoir plus sur le sommair…

Photos de la soirée autour du numéro 2 de l'Ampoule à Olympique

Quelques photos de la soirée du 15 décembre 2017 à la librairie Olympique à Bordeaux pour le lancement du deuxième numéro papier de la revue l'Ampoule. Grand merci au libraire Jean-Paul Brussac, à tous les auteurs et illustrateurs et au public présent. Toutes les photos sont de Xavier de Bordeaux (merci à lui). 


 Jean-Paul Brussac installant les dessins de Maxime Derouen

Xavier de Bordeaux

Roland Goeller

Anne Escaffit

Maxime Derouen, puis Charlie Ambrose

Jean-Paul Brussac

Un poème dans la revue Lichen n° 25

Mon poème "La voix de Sylvia", hommage à Sylvia Plath, vient d'être publié dans le numéro 25 (avril 2018) de la revue de poésie en ligne Lichen.  Merci au directeur de publication Elisée Bec de m'accueillir une fois de plus dans cette belle revue où je suis en bonne compagnie (Le Golvan, Damien Paisant, Colette Daviles-Estinès, etc.). On peut consulter l'ensemble du sommaire et accéder aux poèmes ici. 
Pour rappel, il est demandé à chaque lecteur qui aime la revue d'envoyer un mot en échange de sa lecture : ici on ne se paie pas de mots mais on paie en mots. 
"Le premier signe de vie à revenir sur les blocs de la lave refroidie c'est le lichen. "